Sur les chemins de la liberté à travers les Pyrénées (fév-10)

Publié le 07/02/2010 03:49 | LaDepeche.fr

Histoire locale. Frontière naturelle entre la France et l’Espagne, le Couserans fut un lieu de passages lors des divers événements historiques.

Les prêtres furent nombreux à traverser la chaîne des Pyrénées durant la Révolution.

Les prêtres furent nombreux à traverser la chaîne des Pyrénées durant la Révolution.

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On le sait, lors de la dernière guerre, le Couserans et la chaîne des Pyrénées en général furent des lieux de passages importants, ouvrant sur la liberté et, intrinsèquement lié, l’exil. Mais il faut remonter, pour d’autres raisons, dans le temps, un siècle et demi plus tôt, pour assister à un afflux massif de l’autre côté des montagnes.

La Révolution française entraîna, en effet, des départs importants de diverses populations, nobles, tenants de la monarchie et clergé réfractaire à la Constitution civile. C’est essentiellement par le val d’Aran et la Cerdagne que l’on fuyait un régime que l’on n’acceptait pas. Ainsi, dès mai 1791, l’évêque de Comminges, accompagné de plusieurs de ses collègues et de l’archevêque d’Auch, quitte le sol français pour se réfugier en Espagne.

Mais après la loi qui bannissait les prêtres refusant de prêter le serment, le 26 août 1792, on vit s’accélérer cette émigration. Ainsi, entre octobre et décembre de cette année, 127 prêtres gagnent le val d’Aran et l’on estime que, durant plusieurs mois, jusqu’en avril 1793, ce furent plus de 6 000 ecclésiastiques qui traversèrent la chaîne, souvent par l’Ariège et le Couserans.

Les nobles, bien entendu, ne furent pas en reste. Le comte de Pannetier, qui avait siégé aux états généraux en 1789, avait été un des premiers à passer en Espagne et avait constitué un régiment, dit de la Reine, qui n’attendait que l’occasion d’en découdre avec les républicains. Souvent, espérant un changement de dernière minute, nombre d’entre eux demeuraient près de la frontière, sachant pouvoir se mettre rapidement à l’abri en cas de danger. Seix, ainsi, hébergeait de nombreux « candidats à l’émigration », certains habitants leur prêtant asile. Cette concentration, d’ailleurs connue, inquiétait les autorités locales qui craignaient, en cas d’émeute, de ne pouvoir faire face. L’arrestation du comte Louis de Binos, en octobre 1793, permit de mettre à jour tout ce réseau, même s’il ne parla pas. Les papiers qu’il transportait vendirent la mèche. A la tête de cette organisation, on trouvait un certain Faup, ex-juge de paix de Seix, ainsi que l’abbé Faur, Sexois émigré en Pallars, ou l’abbé d’Aragon Peyrefitte qui, d’Ustou, était basé à Tabascan. Plus tard, venus de Couflens, les Balzame vinrent prêter main-forte après avoir été contraints d’émigrer à leur tour à la tête des deux compagnies du bataillon de Seix. Cette petite armée était financée par le général Ricardos, quand les nobles n’intégraient pas, purement et simplement, l’armée espagnole.

Des passeurs peu scrupuleux

En marge, afin d’éviter les postes gardés par les soldats de la République, se développa un nouveau métier, « le conducteur d’émigrés », fort lucratif au demeurant tant les sommes demandées étaient importantes, suivant qui l’on convoyait. Les archives judiciaires de l’époque parlent d’ailleurs de ces passeurs peu scrupuleux, certains abandonnant purement et simplement leurs compagnons de route en pleine montagne, une fois payés, comme cela arriva à plusieurs religieux et religieuses tentant de gagner la frontière. Mais des Ariégeois aussi, du fait de cette proximité, quittaient leur contrée ; plus de 500 d’après les listes d’émigrés. La grande majorité étaient des prêtres malgré que l’Espagne, au bout de quelque temps, interdit tout passage, tout en ménageant certaines dérogations.

Les nobles, quant à eux, furent moins nombreux. Certains entrèrent dans les rangs de l’armée des Princes, partant combattre les troupes républicaines sur la frontière allemande mais pour ce qui est de la noblesse couserannaise, le plus gros du contingent passa en Espagne et s’enrôla dans les bataillons de Charles IV. On y retrouvait les Lingua de Saint Blanquat, Solan Sabouliès, Castéras Seignan, de Cabaldi de Terssac, Sirgant d’Ercé puis, par la suite, Narbonne Lara, Roquemaurel, Saint Jean de Pointis ou Faydit de Terssac. Mais il y eut aussi des artisans, des soldats, des brassiers ou laboureurs qui quittèrent leur patrie, notamment Oust, Saint-Lizier et Castillon.

Est-ce par conviction ou pour fuir des temps devenus plus durs, espérant trouver du travail outremonts, comme par le passé ?

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